Psychiatrie: “J’ai eu droit à l’humiliation ultime”
Posté par philonemo le 18 octobre 2007
Par La rédaction du Post , le 09/10/2007
Alors que la ministre de la Santé minimise le manque de moyens de la psychiatrie, Patricia raconte l’enfermement et les soins inadaptés dans un
hôpital après une dépression.
“J’ai fait une dépression nerveuse en 2001 avec tentative de suicide…”
“J’ai du être hospitalisée tellement la maladie était en train de détruire ma vie et mon entourage. Je me suis retrouvée dans un premier hôpital psychiatrique, une chambre avec 4 lits rivés au sol, j’ai fondu en larmes en voyant cela et à l’idée de devoir être “soignée” dans cet espèce de blockhaus.”
“Mon mari l’a compris et nous sommes repartis à la recherche d’un autre hôpital plus adéquat. Peine perdue. Finalement le “meilleur” hôpital de la région m’a “accueillie”.”
“En guise d’accueil, deux molosses barbus m’ont littéralement jetée, après déshabillage forcé et sans me prévenir, dans une pièce ressemblant à un mitard : un lit scellé au sol, une minuscule fenêtre à barreau en hauteur et un seau en guise de toilette.”
“Une porte blindée fermée de l’extérieur avec une ouverture permettant aux “soignants ” de surveiller le dépressif, et de le voir dormir, faire ses besoins, comme on regarde un chien…”
“J’ai hurlé et frappé pour sortir, j’ai eu droit à la camisole chimique et aux brimades de l’infirmier qui me parlait comme on parle à un prisonnier qui aurait commis un crime, moi qui ai un bac plus cinq. J’étais à l’époque et suis toujours cadre dans une profession intellectuelle.”
“J’ai eu droit, comme tous les gens en dépression, à l’humiliation ultime, l’enfermement comme on enferme les prisonniers.”
“Et plusieurs mois d’hospitalisation que j’ai vécu comme une punition dans un hôpital public glauque : 2 à 3 lits par chambre, des dépressifs mêlés à des schizophrènes et à des fous dangereux (l’un d’eux mordait), des sanitaires dans un état d’hygiène déplorable, des flaques d’urine à terre, des excréments, des douches accessibles une fois par semaine, des gens nus qui se baladent devant vous et des infirmières qui rigolent, des femmes de ménage qui vous traitent de “bande de tarés”.”
“Des soignants sympas, d’autres pires que des geôliers, qui parlent aux gens comme à des débiles mentaux, l’obligation de prendre des médocs de force (si vous ne les avalez pas, on vous attache au lit comme un fou dangereux et on vous pique).”
“Je ne pouvais plus lire ni écrire ni rien…J’étais devenue une loque. de toute façon aucune activité que celle de fumer des cigarettes là bas, et un psy deux fois par semaine !”
“Comment soigner une dépression dans une geôle ?”
“On aura beau dire que ce n’est pas la faute des soignants, mais cet hôpital ne m’a pas soigné. J’en suis sortie en mentant aux psychiatres, en leur disant ce qu’ils avaient envie d’entendre : que j’avais commis une faute et que je me repentais de cela… Une fois dehors, j’ai trouvé un psychiatre, un vrai, qui m’a aidée avec patience, intelligence et respect à comprendre la maladie et l’endiguer.”
“Je suis soignée depuis quelques années et je vais très bien. D’autres n’ont pas cette chance.Ce que j’ai vécu dans cet hôpital psychiatrique, je l’assimile aujourd’hui, 7 ans après, à une véritable torture psychique et à un emprisonnement.”
“Les prisonniers eux au moins, ont la télé dans leur cellule.”
“Deux mois de plus dans cet univers et j’aurais fini par réellement cette fois, me suicider d’une manière ou d’une autre.”
Patricia, 30 ans, Perpignan
Par La rédaction du Post , le 09/10/2007
mylene75 a dit
Bonjour,
Je trouve votre témoignage très émouvant. Bravo pour votre vous en être sortie.
Je suis la porte-parole de la Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme, une association luttant pour le respect des droits de l’homme en psychiatrie.
Vous pouvez vous rendre sur notre site internet : http://www.ccdh.asso.fr/
Malheureusement, de nombreuses personnes subissent de telles atrocités aujourd’hui en psychiatrie.
Si vous désirez plus d’informations quant à ce qu’il peut être entrepris dans ce genre de situation, n’hésitez pas à me contacter au 01 40 01 09 70.
Cordialement.